RÉSIDENCE


 BILAN DE RÉSIDENCE 2013-2014-2015 EN PDF


 

Le projet de la compagnie L’Échappée s’inscrit dans une réflexion humaniste et sociale.

Pour nous, le choix des textes place prioritairement l’individu au centre de tous les débats et de toutes les réflexions.
A l’origine de notre désir de théâtre, il y a toujours une écriture forte, une poétique singulière : un auteur d’hier et d’aujourd’hui qui cherche à faire entendre son point de vue sur le monde et interroger les relations humaines.
Nous défendons l’idée d’un théâtre de textes et la notion de répertoire. Répertoire que nous voulons ouvert et éclectique, passant d’un format de spectacle à un autre mais dont la ligne artistique serait définie par ces termes : indépendance, exigence et accessibilité.

Cette nécessité intérieure, nous voulons la partager. C’est pourquoi nous envisageons sans cesse d’autres possibilités que le postulat de la consommation passive et du sens unique qui va du « créateur » au « spectateur ».

Au cours des trois dernières années (2013-2014-2015) nous avons travaillé sans relâche pour impliquer les populations les plus diverses et les moins préparées à entrer dans l’univers de nos créations. Nous avons œuvré pour relier le quotidien au culturel et l’art à la société. Nous avons initié de multiples actions de découverte du théâtre et de la pratique artistique, car à nos yeux, l’acte artistique s’il n’est pas prétexte à rencontre, échange n’a pas lieu d’être.

Quelques pages maintenant pour présenter notre bilan d’activité, éclairer notre démarche et définir les contours de nos envies pour l’avenir.
Débutons par notre travail de création et de diffusion qui constitue la colonne vertébrale du projet artistique de notre compagnie.

 


Les créations

Autour de la thématique du « La peur des autres » deux spectacles vont voir le jour durant la saison 2017-2018 :

Pierre de patience d’Atiq Rahimi adaptation du roman Syngué sabour (prix Goncourt 2008)

• Invasion ! de Jonas Hassen Khemiri

 


Les reprises

Fidèles à la notion de répertoire, nous avons continué à diffuser les spectacles :

Haute-Autriche de Franz-Xaver Kroetz

Y’a d’la joie ! d’après des textes de Joël Pommerat (co-écriture avec Jacob Ahrend, Saadia Bentaïeb, Agnès Berthon, Gilbert Beugniot, Serge Larivière, Frédéric Laurent, Ruth Olaizola et Dominique Tack), Denise Bonal, Guy Debord, Franz-Xaver Kroetz, Hanokh Levin (texte français de Laurence Sendrowicz), Agnès Marietta, Christian Rullier, Dominique Saint-Dizier, Lydie Salvayre

• La petite marchande d’histoires vraies de Laurent Contamin

 


Les théâtre-forum

Défendre l’idée d’un art en action nous a amené à aborder le théâtre-forum, forme théâtrale se souciant de l’humain, comme de son milieu et permettant à chacun d’avancer vers une compréhension accrue de notre monde.

En co-réalisation avec la compagnie Passage à l’Acte, à l’initiative de multiples partenaires associatifs de la santé, de l’éducation populaire, de l’action sociale et le soutien des collectivités territoriales des Hauts-de-France nous avons donné 95 représentations en investissant des espaces inhabituels (hôpitaux, lycées, centres sociaux, maisons de retraite…)

 


Lectures-spectacles

Affirmer la volonté de rassembler un très large public nous a incité à privilégier des formes plus légères de prise de parole théâtrale :

les Brigades d’Intervention Poétique (BIP) qui chaque année colportent la poésie dans des centaines de classes maternelles et primaires de la région

• sans oublier les lectures conçues avec les acteurs locaux : services culturels, sociaux et pénitentiaires…

 


Les actions de transmission

Jouir du plaisir du questionnement et de la rencontre ne peut se concevoir sans la transmission. Former, partager, transmettre s’inscrit dans la mission confiée par nos partenaires institutionnels. C’est dans le cadre de cet objectif d’inscrire les spectateurs dans différents dispositifs de rapport au spectacle vivant que notre compagnie a mis en place différentes modalités d’intervention :

• actions artistiques dans les écoles primaires, collèges, lycées et universités du département et de la région

• invitations de spectacles présentés par des équipes venues d’autres régions

Pour notre compagnie, tout ce travail résulte d’une double responsabilité :

• responsabilité artistique d’abord : celle de s’interroger sur « l’état du monde » par le recours à la fiction, à l’illusion, non pas comme un témoignage du réel mais comme une façon d’interroger les formes et les conditions de la représentation.

• responsabilité sociale également : en inscrivant les populations de notre « territoire » dans les différentes étapes du processus de notre recherche consacrée quasi-essentiellement aux écritures et aux dramaturgies contemporaines.

Le mot « territoire » vient d’être prononcé.

Avec nos partenaires, nous avons défini dans un esprit de co-construction les différences entre le territoire vécu (réseau d’ancrage de notre travail) et le territoire prescrit qui coïncide avec l’espace des collectivités territoriales.

Nous avons le sentiment que le dialogue a été exemplaire et que nous avons toujours avancé à visage découvert.
Aucune entrave, aucune interaction des partenaires vis-à-vis des artistes mais, bien au contraire, l’élaboration partagée d’un projet mobilisateur en perpétuelle évolution prenant en compte la création, la diffusion et l’accès pour le plus grand nombre à l’offre artistique et culturelle.
Bien évidemment, nous souhaitons un renouvellement de ce conventionnement pour les trois prochaines années.

En effet, nous avons la certitude que notre tâche n’est pas terminée et que nous pouvons encore aller plus loin.
Le nombre croissant de sollicitations, les chiffres de fréquentation lors de nos représentations, l’augmentation de participation à nos actions artistiques sont là pour témoigner de la reconnaissance faite à notre démarche d’implantation à Saint-Quentin. De plus, la stratégie de diffusion doit se développer : les contacts, les négociations entamées déboucheront, nous l’espérons, au cours des saisons futures.

Allez, au nom des artistes, techniciens et administratifs de la compagnie L’Échappée : vive le théâtre ! Vive la vie !

 


Qu’est-ce qu’une équipe artistique ?

Elle est au centre du partage du sensible. Elle est en ses pratiques le lieu d’une mise en commun de techniques non pas plus performantes mais fragiles et sans cesse renouvelées. Elle est le lieu où se renverse l’économie par la dépense, où s’exerce l’humilité, car pour faire il faut savoir défaire. Elle est aussi et avant tout énergie et mouvement.

Nous avons choisi de travailler en équipe autour d’un projet en nous organisant pour servir au mieux la création et préserver notre identité. Avec en permanence ce questionnement : qui sommes-nous ? A quoi servons-nous ?
Les artistes de province que nous sommes vivons notre présence en région comme une résistance à des termes sociologiques pessimistes toujours ressassés (« désertification »…) en effectuant un aller-retour permanent entre le milieu où l’on crée et le processus créatif. Il ne s’agit pas d’idéologie politique mais d’une conception commune de l’activité artistique en compagnie.

Il nous apparaît nécessaire de faire de la création l’axe majeur de notre projet artistique. Être un lieu de création cela ne se décrète pas, cela s’acquiert. Par la force, la qualité, la singularité du travail que l’on mène.

Cependant on ne crée pas pour créer. Pour que cela ait un intérêt, il faut une résonance. Le théâtre à nos yeux se doit d’interroger, de mettre en cause les lieux communs, de provoquer, d’amener le débat dans la société là où on ne l’attend pas. Le théâtre pour nous est obligé d’être en phase avec ce qui se passe dans le monde social : c’est dû à sa nécessaire immédiateté.

L’élaboration d’une création in situ par une équipe d’artistes permet de tisser une relation avec le public au-delà de la seule représentation. Une dynamique « d’avant et d’après représentation » engendre la création « d’espaces-temps » où peuvent se révéler de part et d’autre, curiosité et désir.
Il nous paraît capital que ce soit les artistes impliqués dans le processus de création qui aillent à la rencontre des lieux de vie de la ville et de son tissu social. La présence d’une équipe professionnelle permet de repenser le travail d’action culturelle en élargissant le champ du scolaire au social. L’action culturelle doit pouvoir se ré-inventer pour être reconnue, non plus comme un « bonus » à valeur de prestation de service, mais comme un enjeu décisif pour des individus en demande d’ouverture.

Nous avons déployé un vaste projet de rencontre destiné tout autant au public adulte qu’au public scolaire. Un projet qui se donne pour objet à la fois l’élargissement quantitatif mais aussi social du public, qui favorise le rapprochement des spectateurs de la pratique artistique elle même.

L’appel doit se faire sur une envie de développer un travail artistique. Ce n’est pas un outil ; l’objectif est vraiment la création. Le moteur ce n’est que cela…
Après les moyens sont multiples : collectes de paroles, ateliers d’écriture, ateliers de pratique, lectures-spectacles, répétitions portes ouvertes, spectacles d’intervention mêlant amateurs et professionnels…

À nos yeux l’œuvre théâtrale est inséparable de son usage par un public. Public que nous voulons nombreux, divers, fidèle, sans cesse renouvelé. La liaison entre la création et la relation au public est le principe fondateur de notre travail tant du point de vue éthique que sur le plan de sa pratique. La conviction qu’elles ne peuvent s’enrichir l’une par l’autre explique la passion avec laquelle cette liaison est défendue et développée. Conviction et passion qui, en ces temps de désengagement et de scepticisme font l’originalité et l’authenticité de la Compagnie L’Échappée dans son exercice du théâtre. Et ce depuis toujours…



Qu’est-ce que produire pour une compagnie, une équipe artistique ?

C’est relier le contenu même de son objet premier, la création, avec des pratiques sociales, techniques et administratives qui permettent son exercice dans une durée en accord avec la démarche engagée. Les logiques et modes de fonctionnement de l’activité ne peuvent être séparés des enjeux artistiques et doivent non seulement leur donner existence et reconnaissance mais aussi les développer.

C’est favoriser toutes formes de coopération entre les artistes, les techniciens, les personnels administratifs mobilisés sur un projet. C’est mettre en œuvre des collectifs de travail dans lesquels les subjectivités individuelles peuvent s’investir et s’exprimer, où les compétences sont valorisées et développées.

C’est exercer avec des partenaires, collectivités publiques, organismes sociaux, économiques, professionnels des capacités d’initiative, d’autonomie, de concertation et de négociation. C’est participer pleinement à des modes de construction et de transformation qui s’appuient sur la reconnaissance de la pluralité et qui peuvent exister dans le cadre d’une subordination ou mise sous tutelle.

C’est manifester une forte exigence artistique associée à des capacités d’évolution, de renouvellement et d’innovation, d’ouverture à son environnement immédiat comme au monde.

La recherche de nouveaux publics est souvent un vœu pieux, que nous essayons autant que faire se peut de transformer en réalité tangible. A cet effet, nous avons réalisé un travail spécifique.

Élargir le cercle des connaisseurs et des amateurs ne se fait pas ou plus par l’attractivité supposée en soi de l’œuvre, comme si il suffisait d’exposer ou de monter pour créer l’adhésion. De même par la simple éducation artistique dispensée de façon magistrale. C’est par la capacité à générer de l’expérience sensible vécue, de la relation partagée entre personnes ayant leurs propres histoires et cheminements artistiques et culturels, par la multiplicité de propositions exigeantes invitant à des rencontres inventives et qui reposent sur le désir de curiosité et d’inattendu, que la contamination peut se développer. Le nombre n’est jamais la référence en matière, mais la qualité de la rencontre et de son objet : oui !  

La conduite de cette démarche artistique et culturelle implique de construire et de pérenniser des partenariats forts avec les différents acteurs (politiques, culturels, etc.). C’est ce que la compagnie a réussi à faire avec l’Etat, les collectivités territoriales, les établissements scolaires ou culturels de la région et d’autres compagnies .

Tant au niveau de la programmation que de la création, le moteur reste l’artistique et plus spécifiquement la création. Diffuser pour diffuser, cela ne nous intéresse pas, encore moins remplir des créneaux ou des dates. Nous aimons voir le lieu et le public qui nous suit, vivre, respirer et se nourrir d’art et de création. Il n’y pas assez d’endroits où publics et professionnels puissent parler, échanger, se confronter, batailler…où ça rêve et se construise.

Il y a toujours une exigence artistique, que ce soit des spectacles légers ou des textes difficiles. Quelque chose qui bouscule, qui inquiète, qui interroge. Ça peut être des choses très simples.

Nous croyons que le public a envie d’un théâtre vivant, d’un théâtre qui s’interroge, d’un théâtre ouvert sur le monde, mais qui ne perd pas sa part d’utopie artistique. Il ne faut jamais vouloir séduire le public ou courir après le succès. Notre intime conviction, c’est la poursuite d’une démarche personnelle, même si elle s’avère singulière. Si la rencontre avec le public se passe, tant mieux. Et si elle tarde, surtout ne pas désespérer : continuer et attendre.

L’important, c’est ce partage, cette rencontre entre artiste et public. C’est la seule chose qui compte pour nous. Cette rencontre doit être juste, forte, sincère, réelle et de qualité. Il n’y a de place ni pour le fantasme ni pour l’égocentrisme. Il y a pas d’autre vérité que la rencontre, que la matière à malaxer ensemble, à vivre ensemble.

L’objet artistique est fondamentalement artisanal. C’est une histoire construite à plusieurs, où la qualité de chacun est essentielle.

C’est dans un espace de confrontation libre, de création ouverte à un répertoire large, avec des moyens donnés et précis, un contrat clair, des objectifs exprimés et un bilan nécessaire que cette relation, cette nécessité triangulaire, artiste/public/théâtre, peut et doit fonctionner. Si l’un de ces éléments manque, n’est pas défini, n’est pas exprimé ou n’est pas compris, alors on court, tous ensemble à la catastrophe…

Tout mensonge est sanctionné immanquablement, toute omission est perçue, toute contradiction surgit très rapidement et scelle au plus vite l’échec.
Se connaître, se reconnaître, dire, écrire, prouver, en toute clarté, pour construire ce miracle, ce lever de rideau magique, cette promesse de rires, cette promesse de pleurs, cette promesse d’absolu qui est notre attente à tous.

Comprendre le monde. Les hommes ont inventé le théâtre pour comprendre le monde…