FIEF

Création 2020. Premières représentations du 3 au 5 mars 2020 à la Scène Europe de Saint-Quentin.

CALENDRIER | DOSSIER FIEF


NOTES D’INTENTION

Le projet n’est pas de faire une adaptation au sens restrictif du terme, une mise en dialogues du roman. Nous voulons faire du plateau le lieu de notre lecture de Fief, de la densité de la langue, de la puissance de la fable, de l’humanité des personnages.
Le parti pris est d’être Jonas sur scène ; Jonas qui raconte, qui s’entraîne, qui glande, qui picole et fume, qui boxe, qui tue le temps…
Nous voulons trouver un endroit de liberté pour créer un espace qui parle de l’indescriptible violence du monde. Tout en nous appuyant constamment sur le texte, nous chercherons à transcrire les forces qui structurent l’écriture de David Lopez.
Frottement entre réel et la poésie crue, sans fioritures qui traverse le roman.
Sur scène un sac de frappe, un banc de vestiaire, des gants, un pied de micro, un écran, une enceinte amplifiée, une machine à fumée…
Avec le désir de ramener Jonas et les spectateurs au concret de leur présent commun, et de faire que le public et le spectacle appartiennent à la même époque, au même temps, au même lieu.
Didier Perrier


À la première lecture de Fief, je faisais déjà partie de la bande. Sucré, Poto, Miskine, Ixe et les autres étaient déjà les miens. Et bien sûr Jonas, ce héros malgré lui partagé entre le désir de s’arracher de ce ventre mou et cette envie d’y rester, enivré par cette vie confortable malgré tout, auquel je me suis tout de suite identifié. Il me suffisait de remplacer leurs surnoms (mon cerveau le faisait automatiquement) par ceux d’autant plus improbables qu’ils sont réels, de ma propre bande, que je ne vois presque plus aujourd’hui car je fais du théâtre (à prononcer avec un accent ironique faussement bourgeois, comme eux le feraient).
C’était le roman parfait pour débuter le nouveau projet de ma compagnie, La Source, d’adapter les romans qui restent en moi plusieurs mois durant, seul sur scène. Ce défi est à la fois tant physique qu’intellectuel.
Licencié de la Faculté de Sport, option football et danse (fait unique dans ma promotion) on m’a aussi reproché de trop réfléchir pour un acteur. Je suis ainsi un comédien trop corporel pour certains parangons du théâtre français (on me moque souvent gentiment pendant mes échauffements avant de jouer) mais également trop cérébral pour certains metteurs en scène qui détestent qu’on (se) pose des questions sur leurs directions d’acteur et de mise en scène.
Mea culpa d’aimer le sport et les livres, j’ai en plus travaillé trois ans en librairie, ce qui n’a pas arrangé les choses.
J’ai alors découvert Fief, roman coup de poing au sens propre comme figuré, et j’en fus bouleversé. Rarement un auteur m’avait autant parlé de moi-même, mais aussi de mon environnement, de façon aussi directe et poétique à la fois (je pense notamment à ce magnifique Monsieur Pierrot).
C’était clair, précis, chirurgical même, d’une littérature à la fois fine, populaire et sans ambages. L’adaptation m’a paru évidente, comme un direct au foie bien placé, que le boxeur adverse aurait mal protégé. Car si le spectateur baisse sa garde, comme l’a fait le lecteur abasourdi que je fus, il prendra le texte en plein visage, il lui retournera la tête et le ventre, pour un K.O. cathartique révélateur de la beauté sombrement lumineuse de ce grand texte qu’est Fief.
Ma décision prise, il me fallait un metteur en scène qui oserait ce projet avec moi, et donc qui aimerait avant tout ce texte comme je l’ai aimé. Le choix de Didier Perrier m’a paru évident. Il l’a lu, l’a aimé, et a accepté la proposition de monter ce texte ensemble, en co-réalisation avec la compagnie L’Échappée. Nous avons tous deux la même vision de ce que doit être cette création : un monologue physique et poétique, où ça boxe autant avec des poings qu’avec des mots, dans un univers qui restitue l’ambiance à la fois vaporeuse et éclatante du roman.
Gauthier Lefèvre

L’histoire
Jonas habite dans une petite ville, « genre quinze mille habitants, entre la banlieue et la campagne ». La ville est coupée en deux. Deux collines qui se font face : d’un côté les tours, de l’autre le quartier résidentiel et ses maisons luxueuses. Entre les deux, le centre-ville et la zone pavillonnaire. Jonas et ses potes sont « des pavillons ». Ni de la cité, ni des quartiers chics. Ni « petits bourges », ni « cailleras ».
Jonas vit seul avec son père, chômeur, fumeur de shit. Le garçon tout juste adulte navigue entre la boxe, les copains, le spliff, et une fille, à qui il prodigue ses bons soins. Côté boxe, il essaie de satisfaire son entraîneur, mais il n’a pas suffisamment la niaque pour percer. Côté copains, il a les mêmes depuis toujours : Ixe, Poto, Habib, Romain, Lahuiss, Untel, Miskine, Sucré… Ils ont presque tous des surnoms. Quand ils se voient, ils fument, tout le temps. Ils boivent, parfois. Ils jouent aux cartes, souvent, et ça leur donne l’occasion de s’insulter (gentiment). Il leur arrive aussi de parler philosophie, ou littérature.
Et là, c’est Lahuiss qui prend les choses en mains. Lahuiss, c’est celui de la bande qui est passé de l’autre côté. Il est parti en ville faire des études. Depuis, il est « dans un autre délire ». Il est passé « en mode col roulé, petite veste cintrée, mèche sur le côté, pantalon serré et souliers en cuir ». N’empêche, quand il rentre, « il tchèke et il te dit ouais gros, bien? ». Lahuiss, c’est aussi celui qui « arrive à faire saisir des choses importantes avec des mots de merde ».
Parfois aussi Jonas rend visite à une fille, Wanda, jolie, bien née, qui aime le sexe et aussi s’encanailler. Ça, c’est son jardin secret. Avec ses copains, il lui arrive aussi de s’aventurer dans l’autre monde, une grosse dose d’alcool dans le sang, pour oser sortir du périmètre. Mais la plupart du temps, ils tuent le temps. Ce temps qui ne passe pas. Le shit, l’alcool, pour éviter de penser au lendemain. Un lendemain sans perspective : « Tu fais quoi en ce moment, il demande. Je soupire et je dis bah écoute pas grand- chose, t’as vu, j’suis là, j’attends ». Seigneurs en leur fief, ils campent sur place.
Leur fief, c’est un territoire, et c’est surtout un langage.
Une langue qui claque, brutale, composite, faite de mots d’argot, de verlan, de mots piochés dans les langues d’origine, de blagues, de mots tendres, et de gestes rituels (le tchek, la cigarette ou le joint qu’on « cendre »…).
Elle contient la colère, la joie, l’ennui, la peur, la pudeur, la poésie et l’humour.


L’auteur
Boxeur, rappeur, mais surtout écrivain, David Lopez signe avec Fief un premier roman puissant et tendu, situé entre ville et campagne. Le jeune homme habitant Nemours, ce n’est peut-être pas un hasard… Quand il se met à parler, David Lopez ne cesse de bouger. Les mains d’abord, qui suivent sa pensée en séquences rapides, puis tout son corps tendu par la volonté de persuader l’interlocuteur. Ce garçon a fait de la boxe pour « l’esthétisme » que dégage ce sport, alors que chez lui, à Nemours, « tout le monde est foot ». Il lui en reste une élégance du mouvement, une attention portée aux autres pour ne pas se laisser surprendre.
Sportif mais aussi rappeur, David Lopez est aujourd’hui l’auteur d’un premier roman, Fief, qui « part de la phrase pour aller vers le sujet ». Le sujet s’appelle Jonas, sa bande de potes, son territoire entre ville et campagne, en zone « périurbaine ».
L’auteur n’est pas allé loin pour piocher dans un quotidien qui ressemble à un aquarium monotone, obsédant, tantôt drôle, tantôt noir.

 

S’il publie son premier livre à 32 ans, David Lopez écrit depuis toujours : « Avant même de savoir lire. J’inventais des dialogues aux bandes dessinées que je feuilletais ». Alors qu’il poursuit des études de sociologie, histoire de s’occuper, David entreprend un master de création littéraire à l’université et désespère ses petits camarades de classe en noircissant tous les jours des pages entières pour en discuter ensuite avec ses profs. C’est là, explique-t-il, qu’il arrête d’embellir volontairement son style. Il en a fini avec la performance comme dans le rap, s’éloigne de la technique pour la technique, et se contentera désormais de « montrer », d’entrer en immersion par le présent de narration et de trouver ainsi la musique du texte.

 

Ce qu’il cherche dans Fief, c’est écrire « ce qu’on fait quand on ne fait rien », c’est aussi montrer sans juger et ne rien imposer au lecteur. Il revendique l’esprit romanesque et la poésie de la langue, faisant la part des choses entre vulgarité et familiarité. Et dit, pour conclure : « le pire, c’est d’être satisfait ».


DISTRIBUTION


Co-réalisation : Compagnie L’Échappée, La Source
Écriture : David LOPEZ (Éditions du Seuil), prix du livre Inter 2018
Mise en scène / Adaptation : Didier PERRIER
Interprétation / Adaptation : Gauthier LEFÈVRE
Assistanat mise en scène / Vidéo : Thibaut MAHIET
Chorégraphie : Maud MARQUET
Lumière : Jérôme BERTIN
Conseil en scénographie : Lorine BARON
Création sonore : Pierre TANGUY
Coaching boxe : Jawad OUTAGUEROUINE
Photographie : Amin TOULORS
Affiche : Alan DUCARRE

Diffusion : Marion SALLABERRY
Administration / Production : Laure STRAGIER
Secrétariat / Communication : Sylvie BORDESSOULLE


Soutiens :

Ministère de la culture / Drac Hauts-de-France
Ministère de l’éducation nationale / Rectorat d’Amiens
Région Hauts-de-France
Région Grand-Est
Conseil départementaux de l’Aisne
Ville de Saint-Quentin (02)
Ville de Reims (51)

Partenaires de diffusion :
Scène Europe / Saint-Quentin (02)
Laboratoire chorégraphique / Reims (51)
Le Salmanazar / Épernay (51)
Ferme théâtre de Malvieille / Moulidars (16)
Espace Le Fambeau / Reims (51)
Maison des Arts et Loisirs / Laon (02)